Nous voici désormais pleinement entrés dans le Temps ordinaire. Après les grandes célébrations qui ont rythmé ces dernières semaines – la Résurrection du Seigneur, l’Ascension, la Pentecôte, la Sainte Trinité et le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ –, l’Église nous invite à reprendre le chemin du quotidien. Ce passage est loin d’être un retour à une vie spirituelle plus terne ou moins intense. Bien au contraire. Après avoir célébré les grands mystères de notre foi, l’Église nous invite maintenant à en vivre.

Le Temps ordinaire est le temps de la mise en œuvre. Le temps où ce que nous avons reçu devient témoignage. Le temps où les disciples sont envoyés sur les chemins du monde.
Les lectures de ce dimanche nous rappellent que le peuple de Dieu est, depuis l’origine, un peuple appelé pour une mission. Au Sinaï, le Seigneur déclare à Israël : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. » Israël est choisi, non pour être séparé des autres peuples, mais pour devenir au milieu d’eux le signe vivant de la présence de Dieu. L’élection est toujours inséparable d’un envoi.
Saint Paul nous révèle ensuite la source de cette mission. Nous ne sommes pas envoyés parce que nous sommes meilleurs que les autres ou plus méritants. Nous sommes envoyés parce que nous avons été aimés les premiers. « Alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous. » Toute vocation chrétienne naît de cette expérience fondamentale : nous avons été rejoints par la miséricorde de Dieu, réconciliés avec lui, sauvés par grâce. Le témoin chrétien n’est pas celui qui se met lui-même en avant ;il est celui qui rend visible l’œuvre que Dieu a accomplie dans sa vie.
L’Évangile de ce dimanche nous fait entrer dans le regard même de Jésus. Devant les foules, il est saisi de compassion. Il voit des hommes et des femmes « désemparés et abattus comme des brebis sans berger ». Ce regard du Christ demeure aujourd’hui d’une étonnante actualité. Notre monde connaît de grandes richesses, mais aussi de profondes fragilités : solitude, découragement, perte de repères, violences, inquiétudes devant l’avenir. Face à ces réalités, Jésus ne se résigne pas. Il appelle des ouvriers pour sa moisson.
Cet appel ne concerne pas seulement les Douze Apôtres. Par le baptême, chacun de nous est devenu disciple-missionnaire. Chacun est appelé à porter le Christ là où il vit : dans sa famille, son travail, ses engagements associatifs, ses loisirs, ses relations quotidiennes. La mission ne commence pas au bout du monde ; elle commence souvent à la porte de notre maison.
Témoigner du Christ, c’est avoir le courage de le faire connaître. Dans une société où la foi est souvent reléguée à la sphère privée, nous pouvons être tentés de garder pour nous ce qui fait vivre notre cœur. Pourtant, les premiers disciples n’ont pas reçu la mission de simplement être des hommes et des femmes de bonne volonté ; ils ont été envoyés pour annoncer Jésus-Christ. Le chrétien est aussi appelé à parler de sa foi lorsque l’occasion se présente, à rendre compte de l’espérance qui l’habite, à dire simplement ce que le Seigneur a changé dans sa vie. Beaucoup de nos contemporains ignorent le Christ ou n’en connaissent qu’
une image déformée.
Comment pourraient-ils le rencontrer si personne n’ose le leur faire connaître ? L’annonce du Christ peut prendre des formes très simples : parler de sa foi avec naturel, inviter quelqu’un à un événement paroissial ou à la messe de dimanche, proposer une prière, partager une parole de l’Évangile, accompagner une personne dans sa recherche spirituelle. Le Christ continue de rejoindre les hommes à travers les disciples qui acceptent de prononcer son nom et de témoigner de son œuvre.
« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » Cette parole de Jésus peut accompagner tout notre Temps ordinaire. Nous avons reçu le don de la foi, la joie de l’Évangile, la force des sacrements, la communion de l’Église. Rien de tout cela ne nous appartient. Tout nous est confié pour être partagé.
Le Temps ordinaire qui s’ouvre devant nous est ainsi le temps de la mission. Non pas une mission extraordinaire réservée à quelques-uns, mais celle, humble et quotidienne, qui consiste à faire connaître le Christ par toute notre vie. Que l’Esprit Saint nous donne la disponibilité des disciples et la générosité des ouvriers de la moisson, afin que ceux qui nous rencontrent puissent entrevoir, à travers nous, quelque chose de l’amour de Dieu pour tous les hommes.
Don David Stolz
