Avec ce cinquième dimanche de Carême, la liturgie nous fait entrer dans une étape nouvelle du chemin vers Pâques : la Passion du Seigneur se rapproche. Les deux dernières semaines du Carême, traditionnellement appelées temps de la Passion, portent une tonalité plus grave et plus recueillie.

Cette transformation est perceptible jusque dans la prière de l’Église. Dans l’Office divin apparaissent les grandes hymnes de la Passion, comme Vexilla Regis prodeunt (hymne des vêpres). Son premier vers
annonce déjà la contemplation du mystère de la Croix :
Vexilla Regis prodeunt, fulget Crucis mysterium
« Les étendards du Roi
s’avancent, le mystère de la Croix
resplendit. »
Ainsi, la liturgie dirige peu à peu notre regard vers la croix, ce bois du salut, ce « trône » paradoxal d’où le Christ règne par l’amour et par le sacrifice.
Ce mouvement intérieur est également visible dans nos églises. Les statues et les images sont voilées, et même la croix disparaît à nos yeux. Ce geste ancien peut surprendre : pourquoi cacher ce qui est le cœur
de notre foi ? Justement pour éveiller le désir de contempler davantage le mystère du salut. Le voile nous invite à chercher avec plus d’intensité Celui qui s’est livré pour nous.
Les lectures de ce dimanche éclairent profondément ce chemin spirituel. Dans l’Évangile selon saint Jean, Jésus proclame :
« Moi, je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » (Jn 11, 25)
La résurrection de Lazare n’est pas seulement un miracle : elle annonce déjà la victoire du Christ sur la mort.
Ce signe marque aussi un tournant dans l’Évangile : à partir de ce moment, l’opposition contre Jésus devient décisive et conduit à la Passion.
La première lecture du prophète Ézéchiel fait résonner la même promesse : Dieu ouvre les tombeaux et rend la vie à son peuple. Saint Paul, quant à lui, rappelle que l’Esprit de Dieu fait déjà vivre ceux qui appartiennent au Christ (Rm 8). Ainsi, toute la liturgie de ce dimanche regarde vers la vie nouvelle qui surgira du tombeau de Jésus.
Mais avant la lumière de Pâques, l’Église nous invite à demeurer devant le mystère de la Croix. Le vieux chant de la Passion s’adresse directement à elle :
O Crux ave, spes unica
« Salut, ô Croix, notre unique
espérance. »
Durant ces jours qui nous conduisent à la Semaine Sainte, la croix restera voilée dans nos églises. Ce voile n’est pas une absence : c’est une invitation ; une invitation à la méditation, au silence, à la prière.
Que ces derniers jours du Carême soient pour chacun un temps de conversion plus profond. En contemplant le Christ qui appelle Lazare hors du tombeau, demandons-lui aussi de nous appeler à une vie nouvelle. Alors, lorsque la croix sera dévoilée au Vendredi saint, nous pourrons la regarder avec
un cœur renouvelé — et reconnaître en elle le signe de notre salut.
Don David +
