4ème dimanche du temps ordinaire

Quand le vide devient plénitude !

Une chose m’étonne, c’est l’impact qu’ont “les béatitudes” sur des personnes qui ne sont pas forcément
croyantes. Souvent, pour les obsèques, ce passage de l’évangile est choisi par des familles qui ne vivent
manifestement pas dans une relation vivante avec le Christ.

Je trouve cela étonnant car Jésus affirme que ceux qui souffrent ou qui pleurent sont heureux ! Or une telle
affirmation ne peut être comprise que si on l’intègre dans un référentiel plus large que la vie terrestre. Les
béatitudes ne peuvent être reçues que dans l’hypothèse de l’existence d’une réalité invisible dans laquelle puisse se réaliser le bonheur promis !

« Pour nous et dans notre expérience quotidienne, écrit Benoît XVI dans son « Jésus de Nazareth », les
Béatitudes constituent des paradoxes : les critères du monde se voient inversés dès que l’on considère la réalité dans la juste perspective, à savoir du point de vue de l’échelle de valeur de Dieu, qui est différente de celle du monde. Ceux qui, selon les critères du monde, sont considérés comme pauvres et perdus sont en vérité bienheureux et bénis, malgré toutes leurs souffrances, ils sont en droit d’être dans la joie et l’allégresse. Les Béatitudes sont des promesses dans lesquelles resplendit la nouvelle image du monde et de l’homme qu’inaugure Jésus, le « renversement des valeurs ». Ce sont des promesses eschatologiques ; mais cette expression ne doit pas être entendue au sens où la joie qu’elles annoncent serait renvoyée dans un avenir infiniment lointain ou exclusivement dans l’au-delà. Si l’homme commence à voir et à vivre à partir de Dieu, s’il marche en compagnie de Jésus, alors il vit selon de nouveaux critères, et quelque chose de l’eschaton, de ce qui doit venir, est déjà présent maintenant
».(Benoit XVI, Jésus de Nazareth, p.92-93)

S’il est bon que nous soyons pauvre, s’il est heureux que nous éprouvions la pénurie, ce n’est pas parce que la pauvreté est un bien en elle-même. C’est parce que le manque qu’elle nous fait ressentir est un appel à trouver la vraie source. Lorsque nous restons volontairement pauvre, lorsque nous nous dépouillons de nos biens en les partageant, c’est pour libérer notre cœur de ce qui n’est que transitoire afin qu’il puisse accueillir la vraie richesse. « Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-les aux pauvres et suis moi »… Heureux seras-tu d’agir ainsi !

En nous appuyant sur notre propre richesse, sur notre propre justice, nous risquons de vouloir construire une vie sans Dieu, un paradis sur terre. Or il n’y aurait pas de pire sort pour l’homme que de se croire
au paradis par erreur. Quelle malédiction (hélas ! bien présente de nos jours), si un jour, l’homme à force de progrès technique pouvait croire se passer de Dieu. Cette fausse monnaie nous condamnerait « à ne jamais e rejoindre, à ne jamais connaître l’heure nuptiale où, le voile des apparences se déchirant, la foi se dissout dans l’évidence ».

Ainsi, les béatitudes expriment la vraie situation du croyant dans le monde. Nous acceptons ce manque de
justice, de douceur, de richesse parce que nous savons que nous ne sommes pas encore arrivés au terme de
notre route. Ces manques sont autant d’appel à la prière ! Or la prière est une mise en présence de Dieu.
C’est lorsque nous vivons sans cesse dans ce contact avec Dieu que nous trouvons, que nous anticipons la
vraie joie !

Bienheureux les pauvres de cœur car le royaume de Dieu est à eux !

Don Louis-Marie +