3ème dimanche du temps ordinaire

La Parole de Dieu proclamée ce dimanche nous fait entrer dans une dynamique de lumière, de conversion et d’appel. Alors que l’année liturgique se poursuit dans le temps ordinaire, les textes nous orientent déjà vers un chemin de préparation intérieure, qui trouve un écho particulier dans l’ancienne tradition de la Septuagésime, qui aurait commencé ce dimanche, 25 janvier. C’était un temps de transition et de mise en disponibilité du cœur avant le Carême .

La première lecture, tirée du livre du prophète Isaïe, est une grande annonce de consolation et ’espérance. À ceux qui marchaient dans les ténèbres, une lumière se lève. Les terres de Zabulon et de Nephtali, autrefois marquées par l’humiliation, deviennent le lieu de la gloire de Dieu. Le joug est brisé, la peur recule, la joie renaît. Cette prophétie n’est pas seulement un souvenir du passé : elle ouvre déjà l’horizon de l’Évangile, là où Dieu rejoint son peuple dans ses zones d’ombre pour y faire surgir la vie.

Le psaume prolonge cette confession de foi : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? » Il exprime la confiance paisible de celui qui désire avant tout demeurer en présence du Seigneur. Espérer, attendre, tenir bon : autant d’attitudes intérieures qui préparent le croyant à un chemin de conversion authentique.

Dans la deuxième lecture, saint Paul nous adresse une exhortation ferme et toujours actuelle : ne pas laisser les divisions affaiblir le corps du Christ. L’Église n’appartient ni à Paul, ni à Apollos, ni à Pierre : elle appartient au Christ crucifié. En recentrant la foi sur la croix du Christ, l’Apôtre nous invite à renoncer aux logiques humaines de rivalité et de prestige, pour entrer dans l’unité que donne l’Évangile.

L’Évangile selon Saint Matthieu nous montre Jésus entrant en Galilée, précisément dans ces régions évoquées par Isaïe. La lumière annoncée se fait chair. Jésus proclame : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche », puis il appelle les premiers disciples. Leur réponse est immédiate : ils laissent filets, barque, sécurité et même leur père, pour suivre le Christ. La lumière reçue devient mission : annoncer le Royaume, guérir, relever, conduire les hommes vers Dieu.

Cet appel à la conversion résonne aussi dans la tradition liturgique ancienne de l’Église appelée la
Septuagésime, qui s’ouvrait environ soixante-dix jours avant Pâques. Ce n’était pas encore le Carême, mais déjà un temps de seuil, une période de transition destinée à préparer progressivement les cœurs à l’effort spirituel du Carême.

Durant la Septuagésime, la liturgie prenait un ton plus sobre : l’Alléluia disparaissait, la couleur violette faisait son apparition, et les textes bibliques rappelaient davantage la condition fragile de l’homme, son besoin de salut et de conversion. L’Église, avec une grande sagesse pastorale, savait que l’on ne passe pas brusquement de la joie de Noël à l’austérité du Carême sans une préparation intérieure.

Même si cette période n’est plus explicitement marquée dans le calendrier liturgique actuel, son sens spirituel demeure pleinement actuel. La Septuagésime nous apprend que la conversion est un chemin progressif, une œuvre de patience et de vérité. Elle nous invite à reconnaître nos ténèbres pour mieux
accueillir la lumière du Christ.

Les lectures de ce dimanche résonnent profondément avec cet esprit : la lumière se lève, l’appel retentit, le
Royaume s’approche. Avant même les cendres du Carême, Dieu nous donne déjà la grâce de l’écoute et du désir.

Que cette semaine soit pour chacun de nous un temps pour ralentir, pour écouter la Parole et pour laisser
grandir en nous le désir de suivre le Christ plus librement. Ainsi préparés, nous entrerons avec plus de profondeur dans le chemin qui conduit à Pâques.

Don David +